Bouquet de la Reine et Parfums de Mille Fleurs


Le parfumeur Nicolas de Barry s'est spécialisé depuis 20 ans dans la reconstitution de parfums historiques. Le XVIIIème siècle est une sorte d'âge d'or. On nomme la Cour de Louis XV "la Cour parfumée". Le roi lui-même s'est fait installer au Grand Trianon et à Chambord des cabinets de chimie où il s'exerce avec talent, semble-t-il, à l'art de la création de parfums. Il en fait cadeau à ses amis et ainsi Casanova relate-t-il qu'il en a senti un magnifique dans le pendentif de sa maîtresse qui l'avait obtenue d'un proche du Roi.


La marquise de Pompadour n'est pas en reste. Elle donne le ton : ce sera la mode des "bouquets"  : bouquet de la reine, bouquet du roi, etc... Les châteaux regorgent à la belle saison, de bouquets parfumés où se mêlent la rose, le jasmin, le lilas, le lys, etc...

Et pour l'hiver, la marquise lance l'art du pot-pourri avec ces magnifiques pots en porcelaine de la manufacture de Sèvres qu'elle a créée. La mode du "bouquet de la reine" correspond aussi au style dit de "mille fleurs" : le chic est un parfum floral mais où l'on ne doit pas distinguer telle ou telle fleur. Toute la Cour rivalise à ce jeu où le roi doit gagner. Il distribue donc ses bouquets à la reine, mais surtout à la marquise de Pompadour et plus tard à la comtesse du Barry, et aussi à ses fidèles amies et amis.
Nicolas de Barry a recréé plusieurs de ces parfums dans sa collection "parfums historiques". Louis XV, Marquise de Pompadour, Casanova, l'Eau du Cardinal. Guerlain vient de lancer aussi un "bouquet de la reine". La mode est au XVIIIème siècle.


Pour plus de renseignements :  http://www.nicolasdebarry.com/

DANS LA CITE HISTORIQUE DE MARRAKECH: MASTER CLASS DE PARFUMERIE ORIENTALE PAR NICOLAS DE BARRY
16-23 AVRIL 2016





Le Maroc est un lieu privilégié dans le domaine des parfums: ce pays est l'un des plus importants producteurs d'huiles essentielles et le souk des parfumeurs est une curiosité pleine de charme. La Master Class de Nicolas de Barry sera , comme toujours, orientée vers la maîtrise de la création des parfums naturels; à Marrakech il insistera bien sûr sur les parfums orientaux: l' ambre, le oud, la rose etc.
Le séjour sur place sera d'une semaine ( 7 nuitées) du 16 au 23 avril (samedi à samedi). Le lieu sera le Riad Jnane Agdal dans la médina, privatisé pour cette session (grand confort avec piscine et spa privatif).  Le tarif pédagogique est le même que celui de nos habituelles Master Classes: 680 euros. Le tarif pour l'hébergement est de 350 euros par personne pour la semaine comprenant le petit déjeuner, en chambre individuelle (grand lit ) et salle de bains privée. La Master Class commencera le lundi et finira le vendredi soir: horaires 9H-12H 13H30-17H.Les déjeuners seront pris en commun au Riad. Les fins de journées et diners seront au libre choix de chacun. Marrakech ne manque pas de possibilités y compris celle de rester à bouquiner au bord de la piscine...Il est prévu une visite chez les parfumeurs du Souk et dans un jardin des parfums à 40 minutes de route.
Pour toute inscription: parfumdebarry@gmail.com

A L´ORIGINE DE LA PARFUMERIE: L´ORIENT


L’industrie actuelle du parfum est une activité tellement concentrée en Occident, qu’on en vient à oublier qu’il s’agit surtout d’un art oriental. Certes les références aux parfums dits « orientaux » ne manquent pas : lorsque François Coty dans les années vingt invente la parfumerie moderne, il donne à ses créations des noms aux allures méditerranéennes et orientales, comme Origan ou Chypre. Guerlain créera Shalimar et plus près de nous Opium, Byzance ou Jaipur sont encore des hommages à l’Orient.

L’histoire de la parfumerie pourrait presque se résumer à un long voyage de l’Orient extrême vers l’Europe en vagues successives. 

Encenssoir
D’abord, il y eut le goût inné de l’homme pour les « bonnes odeurs » et la découverte que les plantes qui sentent bon ont aussi en général des vertus thérapeutiques : ainsi retrouvons-nous à l’origine une aromathérapie – qui revient en vogue aujourd’hui – pratiquée par les médecines anciennes chinoise, tibétaine et ayurvédique (indienne). Derrière le « miracle » des parfums guérisseurs, viendra celui de la révélation religieuse : le parfum est un signe des Dieux (Mahabarata, Egypte ancienne, Grèce). Les grands mouvements religieux seront aussi porteurs de messages olfactifs : la Bible y fait de nombreuses références. Et le présent des Rois mages à Bethléem n’est-il pas surtout celui des parfums de myrrhe et d’encens ? Plus tard, pour Mani, l’`« éther » originel serait composé des seuls parfums et couleurs. Mahomet, quant à lui, était fils de parfumeur-épicier…


La mythologie et la poésie orientales sont pleines de parfums. Les princes, de l’Andalousie à l’Inde des moghols, sont préoccupés de vivre parmi des senteurs enivrantes qui préfigurent le paradis. Jardins et premières compositions de parfums par distillation en seront l’expression. En occident, on cherchera à se procurer les épices, l’art de la médecine et des parfums orientaux lors des croisades puis par la grande aventure des découvertes. Les Italiens (siciliens, vénitiens et génois, mais aussi commanditaires florentins) en seront les premiers bénéficiaires et l’art de la renaissance est aussi celui de la renaissance des parfums jadis si importants à Athènes ou dans la Rome impériale.

Catherine de Médicis
C’est tout naturellement la Florentine Catherine de Médicis qui introduit la parfumerie moderne en France.

Ce long chemin des parfums vient de la nuit des temps, de Chine et d’Inde ; il connaît des moments intenses en Egypte, en Perse, en Grèce, à Rome, puis revient en Occident - après avoir été presque confisqué pendant plus de mille ans par les Arabes -, en Italie puis en France, à Grasse, au XVIIIème siècle. Ce long chemin s’identifie parfois à celui des caravanes qui transportaient pour le compte de la Reine de Saba le précieux encens, ou d’Inde à Byzance les épices et les atars. C’est cette route historique et initiatique que nous souhaitons reconnaître et présenter au lecteur.

Non pas seulement un itinéraire historique : mais aussi celui des arts et traditions populaires encore vivants aujourd’hui. A travers plusieurs chapitres consacrés aux grands pays orientaux des parfums, on découvrira un univers qui nous vient des civilisations de l’Orient et qui nous touche encore quand nous les visitons : encens parfumant les temples bouddhistes ou hindous, épices odorantes des marchés orientaux, médecine populaire, plats parfumés, cosmétologie féminine traditionnelle, fêtes et rituels.

Pour les parfums proprement dits, on s’attachera à découvrir les traces des grandes traditions, tant dans le domaine de la fabrication, que les essences rares, végétales ou animales (encens, santal, musc, ambre etc.), que les goûts, voire les engouements, pour la rose, le jasmin ou l’agar. On visitera les sites de l’ancienne splendeur de ces civilisations, on rencontrera des parfumeurs, et aussi les habitants pour les suivre dans la quotidienneté de leur fréquentation du monde des senteurs. 
Certes l’histoire, certes l’ethnologie, mais sur le ton du voyageur curieux plus que de l’érudit.
J’imagine un Beau livre où l’illustration ( iconographie historique, peintures « orientalistes », photographies) viendrait relayer le propos pour donner à voir et surtout à rêver de ces civilisations englouties (parfois encore vivantes), là où  « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté »…

OUD



VETIVER



Le mot vient du tamoul « Vettiveru ». Aujourd’hui, cette graminée , du genre andropogon, vient plutôt de la Réunion et de l’Indonésie. De nombreux parfums portent son nom et ont constitué des « fonds de commerce » importants, dans la catégorie des parfums masculins pour les marques Guerlain, Givenchy et Caron. C’est presqu’une drogue. Il est des consommateurs qui ne peuvent plus s’en passer et utiliseront leur vétiver, toute leur vie ! Les racines donnent l’essence : jadis on les utilisait à la fois pour parfumer les armoires, à fin d’embaumer mais aussi d’éloigner les mites des laines.
Cette plante s’adapte à tous les climats tropicaux et connaît un fort essor ces dernières années : facile d’exploitation, il s’agit d’une grande herbe qui pousse presqu’à l’état sauvage. Le vétiver est distillé sur place et fournit les notes vertes dans les compositions classiques de Fougères. Il représente par excellence la famille des parfums exotiques non floraux : une image de forêt amazonienne, rude et sauvage.

ROSE



Reine des fleurs, préférée des poètes et du prophète Mahomet, elle est fondamentale à la parfumerie. Aucune essence n’a inspiré autant de parfums, aucune n’est présente dans tant de compositions. Elle est souveraine en Orient, mais fut aussi à la mode sous Louis XIV ou à la cour d’Angleterre. On a retrouvé la recette du parfum d’Henri VIII : « Bien mélanger 6 cuillères d'Huile de Rose, avec la même quantité d’eau de Rose, 7 grammes de sucre, deux grains de Musc, et 28 grammes d'Ambre gris. Chauffer durant six heures et filtrer… »
La Grande tradition de la culture de la Rose pour son parfum vient de Perse : la légende veut que ce soit dans les bassins des jardins du Taj Mahal, que se fit une distillation naturelle des pétales de roses. Aujourd’hui encore, la rose est présente en Iran – et dans tout le Moyen Orient - dans les boissons et les douceurs, comme le Loukoum à la rose.
La rose cultivée pour la parfumerie est principalement la Rosa Damascena, originaire de Syrie – qui signifie « Pays de la Rose »- et qui donne les Absolues et Huiles essentielles de Bulgarie, Turquie et Maroc. La Rosa Centifolia, autrement dit la Rose de mai de Grasse, qui maintient la tradition en fêtant cette fleur chaque année, n’est plus cultivée en Provence qu’à titre symbolique, notamment dans le jardin de la maison Chanel. Trop coûteuse, l’essence de Grasse était pourtant la plus recherchée…
La Rose se distille ou, par enfleurage, devient Concrète et Absolue. Le résidu de la distillation donne l’eau de rose utilisée dans la gastronomie orientale, qui apprête aussi les pétales confites en « gelée de rose » et les boutons de roses séchées, réduits en poudre, comme médicament ou dans la composition du Raz-El-Hanout.
La plus imitée des essences – il existe une vingtaine d’essences synthétiques de roses – est l’une des plus fragiles : elle rancit à la chaleur…
Le parfum de rose est le parfum d’amour par excellence. Apres Venus qui en fit son « emblème », en l’empruntant à Adonis mourant, Cléopatre utilisa un lit de pétales roses de 45 cm d’épaisseur pour entraîner Marc-Antoine dans sa première nuit d’amour ! On trouve d’ailleurs la rose partout dans le monde gréco-latin : au Palais de Cnossos en Crête, la rose est dessinée sur les murs. Ramses II l’implanta en Egypte. Apolonio dans son Traité des meilleurs parfums donne le nom des « crus » de roses : Cirene, Phaeselis, Napoles et Capoue. Pline donne des recettes d’onguents et Marestheus la donne comme remède contre la dépression. Avicene, en redécouvrant le principe de la distillation, l’appliqua d'abord à la rose. Le succès fut immédiat…Il ne s’est jamais démenti depuis lors.

MYRRHE



La Myrrhe est l’une des essences les plus anciennes : elle est mentionnée dans des textes égyptiens datant de 2000 ans avant J.C. Extraite de la résine du Commiphora Burseraceae, elle est toujours utilisée en parfumerie fine : Serge Lutens, dans sa série de parfums des « Salons du Palais Royal » lui a consacré l’une de ses fragrances les plus somptueuses.

Les arbustes dont la hauteur varie de 1 à 6 m. poussent dans les régions de savane aride de Somalie, Ethiopie, Soudan et de la péninsule arabique. L’arbre se couvre à la fin août de fleurs blanches et vertes claires. Son tronc de 30 cm de diamètre environ se boursoufle de nœuds qui doivent être incisés pour que la résine s’écoule en petites gouttes jaunes. Une fois séchées sur l’arbre, ces « larmes » sont recueillies pendant les mois secs de l’été.

Cette matière première en elle-même très odoriférante – les Arabes l’utilisent traditionnellement en petits sachets pendus dans les armoires – est ensuite traitée pour donner le résinoide et l’absolu de Myrrhe. On la traite aussi en distillation à la vapeur d’eau pour obtenir l’huile essentielle. La myrrhe donne une note de fond très caractéristique, un peu amère – le nom vient de murr qui signifie amer en arabe – presque toujours utilisée dans les parfums traditionnels orientaux, prêtant aux notes de rose une sensualité particulière.

Cette sensualité n’avait pas échappé aux grecs qui en faisaient grand cas, l’utilisant même pour parfumer le vin : selon la légende Jupiter transforma son amante Myrrha – la mère d’Adonis - en arbuste odorant pour échapper au courroux de Junon . A Heliopolis, la ville du Dieu Soleil Ra, on brûlait des essences trois fois par jour pour marquer les étapes du cycle solaire : la myrrhe était l’essence brûlée à midi. Democrite la cite aussi comme l’un des principaux ingrédients du fameux Kyphi ( ou Khepri) égyptien. C’est encore la myrrhe, mélangée, au cassie qui servait à l’embaumement de l’estomac des momies. De l’Egypte, la tradition se transmit au peuple juif : la myrrhe est alors utilisée dans les rites de purification : Ester est purifiée à la myrrhe avant son mariage. Quand le roi Salomon conquit l’Arabie, la reine de Saba fit un voyage de 3000 km, que l’on qualifierait aujourd’hui de commercial, afin de garantir la route de la myrrhe et de l’encens. Ce sont aussi ces deux essences que tout naturellement les rois mages apportèrent du désert à l’enfant Jésus. La myrrhe est le premier parfum cité dans la Bible.

Avec les Grecs, la myrrhe devient enfin un parfum sophistiqué : il est le principal ingrédient de l’onguent appelé « mégalaion » et du « susinun » qui associe le Lis Rouge et la Myrrhe.